myrzouick------------X---

écrire, scénariser et mourir vite...

27/09/2023

haïr

est-ce une fatalité ? une malédiction ?
faut-il pour aimer ses oeuvres détester sa vie ?
et l'inverse ? détester son oeuvre parce que l'on s'aime un peu plus ?
- Putain dans quoi tu t'embarques aujourd'hui ?
- La même chose qu'à chaque fois... Tenter de me comprendre à travers ce qui est écrit...

Vous savez forcément à quel point je déteste Matrix 4 (moins que je ne déteste Harry Potter - quoique...).
Je reste persuadé que Lana n'aime plus ce qu'elle a fait. Est-ce parce que Trinity était devenue le symbole de l'anti-féminisme (au même égard que Hermione) ? Est-ce parce que sa première trilogie représente à elle seule ce qui peut se faire de mieux au cinéma (et en cours de philosophie) ? On pourrait pourtant arguer que Speed Racer, Cloud Atlas et la production de V pour Vendetta prouvent qu'elles peuvent faire des monuments cultes du cinéma - parfois trop sous-cotés - sans avoir à revenir sur des terrains trop connus.
Lors de mon tout premier article j'argumentais qu'il était dur de composer avec un héritage culte. Dur de faire une suite au binome Alien-Aliens, compliqué de finir comme il faut Game of Throne, impossible de revenir après Matrix 3, ou comment faire plus magique que la coupe de feu... (question rhétorique, la réponse : pas avec les tomes 5-6-7)

Et pourtant tous les auteurs/autrices de ces séries ont essayé de revenir avec quelque chose d'autre. Une nouvelle proposition au mieux insipide, au pire... bah vous avez suivi.

Pour moi, et c'est pas un jugement de valeur, Lana s'est pris les pieds dans le tapis.
Pour faire la nique à Warner ? Pour faire du méta en disant "je fais de la merde donc s'en est pas" ! Pour corriger le syndrome Trinity ?
Quand on fait une femme badass avant de la réduire à l'interêt amoureux du héros. (tout ça je l'ai déjà dit page 80)
Ou pourrait-on se demander tout simplement si l'autrice n'aime pas son oeuvre ou ce qu'elle est devenue ? Ou au contraire qu'elle s'aime plus elle et donc voit dans ses anciens films quelque chose qu'elle ne voit plus en elle. Et là ça redevient intéressant.

Comment aimer son oeuvre ? Alors qu'on y a passé tant de temps dessus et qu'on y voit toujours quelque chose d'inachevé ?
Je pourrais relire chacun de mes textes aujourd'hui et rajouter du contenu. Changer des personnages, des lieux, réécrire encore et encore. Corriger.
Corriger le mot est fort.
On corrige des éléments de langage, des fortes têtes, on corrige parfois avec violence. On s'excuse ensuite trop tard. j'aurais pu, j'aurais du faire mieux. On se corrige nous même. On finit par se détester et tout devient... inachevé.

Pourquoi dans ce cas là ne pas laisser la main...
Pourquoi vouloir absolument garder le contrôle sur quelque chose comme un manipulateur suprême.

alors ?
faut-il pour aimer ses oeuvres détester ce que l'on est devenu ?

abhorrer

Tiens, en jouant à Baldur's Gate 3 (il faudra que je vous en parle un de ces quatre), je me suis rendu compte qu'à l'instar du français, abhorrer qui d'un point de vue sonore ressemble un peu au verbe adorer chez nous se traduit en anglais loathe qui a une similitude phonique avec love, un antonyme.
Pourquoi deux mot aussi éloignées sonnent presque pareil ?
Fait exprès pour rappeler inconsciemment que haine et amour sont finalement bien proche.
- Seule l'indifférence est pire que tout... - Tais toi !

Donc...
Détester sa vie est la porte ouverte pour se plonger dans l'imaginer et faire mieux.
Devenir meilleur. Au moins par écrit. Au moins dans son monde. Au moins dans ce fantasme auquel on s'accroche.
Devenir meilleur, apprendre de ces erreurs.
Analyser, retracer, insuffler dans ses personnages le doute et l'angoise pour qu'ils les surmontent. Montrer une grandeur d'ame, une force, un courage à tout épreuve.
Se lancer dans un parcours du héros. Ou pas. Effacer sa solitude.
Mille et une raisons d'écrire pour s'améliorer. Mais une fois ceci fait... Mais une fois ceci fait... que reste-t-il ?
Une oeuvre dans laquelle on a tout mis. Dans laquelle on est meilleur... Et qui nous renvoie notre propre... imperfection.

Il est facile de la corriger. De dire qu'elle pourrait être mieux.
On peut continuer de douter. On peut continuer de l'amender, de l'entretenir.
Comme il est facile d'inventer des histoires autour de personnages déjà établis quitte à changer complètement leur perception. Même lorsque ce n'est pas écrit. Mais si ce n'était pas écrit est-ce que ça valait la peine ? Lily Potter est la preuve que les femmes préfèrent les connards...
Mais que reste-t-il de notre histoire ?
Quelque chose de mieux. Quelque chose de plus beau. Quelque chose... qu'on finirait forcément par détester ?

L'auteur corrige, corrige. Gomme. Raye. Trace...
D'autres pourraient l'aider. D'autres pourraient... au-delà de corriger, sublimer une oeuvre ?
En échange de quoi ? D'un bout de paternité ? D'une citation ? D'un remerciement en première page ?
L'art est et sera toujours collectif. Hans Zimmer l'a bien compris. Il n'est pas capable lui tout seul de composer des thèmes - ouais celle là elle est gratuite...

maudire

Maudis soyez-vous, si vous osez par le biais de votre oeuvre vous révéler, car je vous le dit, elle finira par vous faire vous détester...

"Vous avez une estime de vous, Théo bien bien basse. j'ai rarement vu ça"
Petit sourire en coin. Le vouvoiement professionnel mais le surnom car on sait que mon nom complet est chargé d'histoire.
Et alors ?
Ce n'est pas parce qu'on se déteste qu'on doit détruire ce qu'on a fait, détruire ce qu'on est devenu. Ce n'est pas parce qu'on se maudit tout bas qu'on doit finalement idéaliser ou "désidéaliser" son oeuvre.

Mes histoires marquent leurs temps. Mes histoires sont inscrites dans mes instants, dans mes moments. La prochaine sera plus violente, plus tragique, plus personnelle. On y parlera d'amour, contrarié au minimum, perdu au mieux.
Mes histoires me racontent à des où je préfèrerais m'aimer mieux. M'aimer plus.

Donc de cette théorie, j'en déduis qu'un auteur doit savoir faire la paix avec ce qu'il a écrit sur lui, sur sa vie, avec ses héros.
On n'a pas besoin de corriger son histoire, qui plus est quand on l'a déjà présentée ! ça y est ! Ce n'est plus l'heure de réécrire, de compléter, de corriger. Il faut arrêter avec ces sequels, ces reboots, ces prequels sans d'autres enjeux que de corriger une diégèse qui sera à jamais incomplète.

Et c'est pour ça qu'on doit s'arrêter là. à vouloir trop en faire, seul. On finit forcément par tout détester.
Acceptons que tout ça, tout ce qu'on a produit, nous appartient et fait partie de nous tel que c'est.

espérer

On se doit d'aimer ce qu'on fait quand bien même cela nous renvoie une image plus terne de nous mêmes.
Rien n'est jamais parfait, encore moins un créatif. Les erreurs font forcément partie du processus. Les erreurs font forcément partie de nos vies. Et on ne peut pas toujours tout corriger.
C'est difficile d'accepter que l'on ne soit "que" ça. Et pourtant, c'est ce qu'il convient de faire

Je ne suis quand même pas persuadé que tous les grands écrivains, tous les grands cinéastes, tous les grands auteurs (et même les petits) détestent ce qu'ils font. Mais il y a des signes qui ne trompent pas. De Matrix 4 aux rabotages de Georges Lucas, des tweet de Rowling aux justifications de showrunners tel que Weiss et Benioff. Tout porte à croire que certains finissent par se lasser (au mieux) ou se détester (au pire).
Malédiction ou paresse ?
Peu importe.

Le tout est de suffisamment se faire confiance, faire confiance aux autres, parfois même à la foule non pour trouver des réponses mais pour mieux accepter ce qu'on a fait. Car tout ça - TOUT - fait partie de nous. Ne pas l'accepter c'est ne pas s'accepter soi-même !
Et comme on dit les cordonniers sont les moins bien chaussés et vous me connaissez... C'est pas parce que je dis ce qu'il faut faire que je le fais moi-même. Au contraire.
J'ai toujours préféré...
fuir.
Jusqu'à la prochaine fois...

A nous deux, suite maléfique... Montre moi ce que tu as dans ce tome 2

En attendant que Septembre finisse.
Bonne soirée. Bonne semaine.

à suivre...

LA PAGE D'AVANT
Retrouvez l'OST de ma vie

Sommaire